LA GUERRE DES ANTIQUITES EXPATRIEES ПДФ Печат Е-мейл
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Написано от Росен Алексиев   
Сряда, 25 Ноември 2009 11:37

Home sweet home ? Lorsque la diva égyptienne Oum Kalsoum atterrit à Paris à l'occasion du seul et unique concert qu'elle donnera en France (l'Olympia, 1967), la chanteuse, engagée à son habitude, s'empresse de passer à l'attaque sur le petit écran hexagonal, foulard en main et grosses lunettes noires au nez. La cible : Paris, son rayonnement monumental, son prestige de centre culturel. Oui, elle admire la capitale du "pays de la Liberté" ; mais peut-être faudrait-il penser à rendre à l'Egypte ce qui est à l'Egypte. Petite référence à l'obélisque de la place de la Concorde ? Pourtant, ici, a priori, pas de problème de légitimité : Le Caire avait offert le monolithe de Louxor à la France en 1836, en signe de reconnaissance au premier traducteur des hiéroglyphes, Jean-François Champollion.


Mais de l'eau a coulé sous les ponts depuis que Mohammed Ali, dirigeant d'une Egypte plus ou moins souveraine, à cheval entre empires britannique et ottoman, faisait des courbettes à Louis-Philippe. Quatre ans après la guerre d'Algérie, onze ans après la conférence internationale de Bandung, la remarque d'Oum Kalsoum fait écho à l'expansion de la fraternité panarabe, des mouvements "tiers-mondistes" insurgés contre l'hégémonie occidentale, du nationalisme enragé revendiqué par le président Nasser. En Egypte comme ailleurs, avec l'écroulement définitif des colonies et du système des empires, la question de l'appartenance légitime des biens culturels se complique. De plus en plus, les monuments expatriés, déracinés, autrefois trophées d'une toute-puissance écrasante, prennent comme un air de pièces à conviction des crimes colonialistes de l'Ouest. Les témoignages visuels d'un passé corrompu sont susceptibles de souder les sentiments nationaux bourgeonnants, en nourrissant le souvenir collectif d'une dignité souillée. Autant que pour sa valeur marchande, artistique, scientifique, on commence donc à se battre pour récupérer un patrimoine national dans l'espoir de gagner une lutte symbolique contre les prédateurs occidentaux. De plus en plus, les oeuvres sont réclamées sous prétexte d'avoir été acquises dans un contexte obsolète d'abus de pouvoirs impérialistes.


Aujourd'hui, à l'approche du bicentenaire des indépendances latino-américaines, les enjeux politiques sont grands pour les autorités du "nouveau continent", qui luttent plus que jamais pour renouer avec leur patrimoine précolombien. Dans le cadre de ce combat patriotique, symbolique, le Mexique nationaliste de Felipe Calderon a ainsi obtenu de l'Hôtel Drouot l'interruption d'une vente de pièces aztèques en décembre 2008, et des musées de Harvard et de Yale la restitution d'une grande partie des pièces dérobées par le consul Edward Thompson à Chichén Itza à la fin du XIXe siècle. Preuves que les victoires du Sud se multiplient, et ce grâce aux pressions et à la détermination des peuples concernés.

Guerre sale

 

Quant aux services de protection du patrimoine mondial, leur bataille la plus urgente, beaucoup plus grave, se joue a priori dans les zones de crises où ils tentent, plus ou moins efficacement, de sauver les biens culturels menacés et de restaurer ceux qui portent des cicatrices de guerre. Après tout, conformément à la Convention de La Haye de 1954, dans le cadre d'un conflit armé, prendre délibérément pour cible ou détériorer des constructions historiques est considéré comme un crime de guerre. A Naplouse, l'Italie, appuyée par l'Unesco, s'est ainsi portée garante de la protection du richissime patrimoine romain, byzantin, mamelouke et ottoman de la vieille ville, déjà dévasté par le conflit israélo-palestinien. En Bosnie, les Nations unies soutiennent la lutte des Croates pour recoller les morceaux d'un patrimoine ravagé par l'épuration ethno-culturelle des Serbes. Mais les dégâts causés par les belligérants sont loin d'être le seul mal dont souffrent les régions de crise, qui restent aussi les bazars où voleurs locaux et pilleurs occidentaux se servent à volonté ; en Iraq, sur les 170.000 pièces répertoriées avant la déclaration de guerre des Etats-Unis en 2003, environ 10 % auraient été volées, d'après l'Icom. Si les zones grises brouillant la question de la "nationalité" des objets d'art sont nombreuses et sources de litiges, la priorité, aujourd'hui comme toujours, demeure donc (heureusement) le sauvetage du patrimoine culturel en détresse, au nom de sa valeur universelle. Essentiel en temps de crise, l'argument de l'universalité, facile, commode, est cependant souvent repris à tort et à travers par les grands musées du Nord, qui ont construit leurs collections au gré des circonstances atténuantes d'une Histoire - belliqueuse, impériale, néo-coloniale - dont ils ont été les principaux bénéficiaires.

Les pressions diplomatiques et politiques ne combleront pas les manques du jour au lendemain. Mais les réclamants pourront toujours compter sur ces objets déracinés, qui portent invariablement le fardeau du souvenir et racontent toujours, sans rien dire, l'histoire des abus de l'ère (néo-)coloniale. Car c'est aussi sous le poids des opinions publiques, sur lesquelles les musées du Nord jouent leur réputation, que les victoires du Sud, aussi lilliputiennes soient-elles, s'accumulent. Pourvu que ça dure.

 

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